lundi 5 juillet 2010
Le temps de vivre !
Par Lise Daleux, lundi 5 juillet 2010 à 00:00 :: Lise Daleux
Si le projet de réforme des retraites du gouvernement est contesté par la majorité des travailleurs salariés, c'est d'abord parce que cette réforme fait porter la responsabilité de l'avenir des retraites sur les seuls cotisants. La solution, nous dit-on, c'est d'allonger le temps de cotisations pour assurer notre retraite et celles de nos enfants.
Et puis une retraite ça se mérite, le temps de vie gagné grâce à l'amélioration des conditions de vie, nous rend redevable ! Oui mais à qui ?
Le système de retraite par répartition, a été une trouvaille sociale géniale. D'abord, il contribue à un équilibre en permettant aux salariés âgés de s'arrêter pour libérer des emplois. Ensuite il a été pensé pour prendre le temps de vivre décemment, paisiblement, non pas comme un temps de repli - comme son nom pourrait le laisser penser - mais comme un temps de plénitude, un temps dégagé d'un certain nombre de contingences matérielles, un temps choisi, un temps de disponibilité à soi et aux autres.
Seulement voilà, dans le contexte de cette réforme, le gouvernement feint d'ignorer l'idée fondamentale du "temps à vivre" sur laquelle s'est bâti ce régime des retraites. Les valeurs fondatrices de solidarité, d'équité, de prévenance, d'attention à l'autre sont ici totalement oubliées pour n'envisager la préservation du système, qu'à l'aune du temps gagné sur la durée de vie.
"Puisque l'on vit plus longtemps alors il faut travailler plus longtemps!" Comme un temps dû ? Aujourd'hui le temps que nous avons gagné sur la mort, il nous faudrait le rendre ?
Pourtant, dans la philosophie même de notre système de retraite, c'est la possibilité d'avoir du temps à soi dont il est question. On nous persuade que l'allongement du temps de vie est un problème, dont il nous faut assumer les conséquences en travaillant plus. Autrement dit un temps obligé à l'employeur. C'est ce que le gouvernement, flanqué des lobbys patronaux, essaie de nous faire croire afin de conclure à la nécessité de l'allongement du temps de travail. Pendant ce temps _ gagné pour la classe économique dirigeante _ la production augmente les dividendes et les revenus financiers prospèrent...
...et le temps trouvé, est perdu.
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